L’entretien a été réalisé par Merve Özaytekin, qui en a tiré le titre d’une de mes phrases : je n’enseigne pas le vin pour qu’on s’en vante. Je le pense encore. Le vin n’est pas un instrument de distinction sociale ; les gens veulent y trouver du plaisir, pas de quoi se faire valoir, et je construis mes cours en conséquence. Tout le monde peut goûter du vin, parce que le vin est pour tout le monde.
L’article coïncide avec la création de Vinipedia. À cette époque j’enseignais à des publics très différents, de cadres dirigeants à des consuls, de banquiers à des industriels du textile ; je conseillais des restaurants et des hôtels, et j’aidais à accorder les mets et les vins lors de réceptions privées.
Le chemin parcouru y est raconté aussi. J’ai été responsable d’exploitation et de produit chez Paul, la boulangerie pâtisserie française. Je suis ensuite passée chez ADCO, l’un des grands importateurs de vin de Turquie, comme assistante et au marketing. Et pendant que j’enseignais, je continuais à me former : les cours de Yunus Emre Kocabaşoğlu, puis le niveau avancé du programme vins et spiritueux du WSET.
En 2010 je me suis classée au Concours des Sommeliers de Turquie, et j’étais la seule femme en lice. À la suite de ce résultat, la Chaîne des Rôtisseurs m’a envoyée en Espagne représenter la Turquie. C’est aussi à cette période que j’ai commencé le parcours de certification du Court of Master Sommeliers.
Les choses concrètes que j’expliquais alors n’ont pas changé. La dégustation ne se joue pas seulement en bouche, elle commence au nez ; il faut faire tourner le verre, aérer l’arôme, réveiller l’odorat avant de décider. La température modifie le goût. Et beaucoup de ce que nous croyons savoir sur le vin n’est qu’une habitude : plutôt que de retenir que le blanc va avec ceci et le rouge avec cela, il est plus utile d’apprendre à connaître son propre palais.

